« Je m’intéresse aux autres pour ne pas m’ennuyer un jour de moi-même ».

Cher internaute,

Si tu aimes l’étonnement, tu es le bienvenu.
Si comme moi tu recherches l’émerveillement, les distorsions du réel, l’étrangeté, voici quelques domaines où mon besoin d’ailleurs a été amplement satisfait.

HUMOUR
- Les influences
- Les rencontres

LITTERATURE
- Le roman gothique
- Postérité
- Néogothique
- Autres distorsions

MUSIQUE

PEINTURE


HUMOUR
Je commencerai par l’humour. Puisque j’en ai fait mon métier, c’est que j’avais une appétence particulière pour ce domaine qui me semblait être celui de la plus totale liberté. Tout est y possible, on peut tout y inventer, et se moquer joyeusement du monde tel qu’il est en y projetant les idées les plus farfelues. Je respecte les humoristes qui s’inspirent avec talent de notre quotidien, mais ce ne sont pas ceux-là qui m’ont influencé.

Les influences
Tout d’abord il y a eu Astérix. Je suis tombé dedans quand j’étais petit. J’ai demandé si souvent à ce qu’on me lise ces histoires, que c’est ainsi j’ai appris à lire.
Il y a notamment une page d’Astérix chez les Goths qui m’a fortement impressionné : celle où grâce à la potion magique un Goth se libère de ses chaînes. Astérix dit : « il est déchaîné ». Longtemps après, Obélix comprends le jeu de mots et commence à rire. Il continuera à en rire pendant plusieurs pages, répétant : «Hi ! Hi ! Hi ! Il est déchaîné». Je devais avoir quatre ans et demi lorsque je découvris ainsi le pouvoir d’un jeu de mots.

L’année suivante, je vis à la télévision une pièce de Ionesco : Amédée ou comment s’en débarrasser. L’histoire d’un cadavre qui ne cesse de grandir et envahit tout l’espace d'une habitation. Je me souviens de ma réflexion d’alors : « les adultes aussi peuvent inventer des histoires aussi farfelues ! ». Une révélation. Le monde des adultes n’était pas forcément aussi ennuyeux que je le pensais.

Il y eu ensuite la découverte de ces deux fous géniaux qu’étaient Poiret et Serrault
On voyait souvent à la télévision Les Frères Ennemis, dont j’appréciais beaucoup les ping-pongs verbaux.

Mais que dire de la cultissime série Les Shadocks, qui amusa une moitié de la population française, tandis que l’autre moitié était scandalisée par tant de débilité ?

La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, de Pierre Desproges, fut en quelque sorte l’héritière des Shadocks, tant elle suscita de réactions hostiles ou enthousiastes

Pour mes 14 ans, mon grand-père m’offrit une cassette de Raymond Devos, et je découvris le roi des rois, le maître absolu. On vante souvent la qualité de ses jeux de mots, mais on semble ne pas se rendre compte que même si l’on retirait les jeux de mots de ses sketchs il resterait des histoires fantastiques, un imaginaire incroyable. Et c’est cela qui m’a tant intéressé dans son travail : comment utiliser les jeux de mots – principe mécanique – pour plonger dans l’imaginaire – domaine de la liberté totale.



Même si je n’étais pas un inconditionnel de Michel Lagueyrie, son sketchs La frange défigurée m’a beaucoup frappé par le fait qu’il ne cherchait pas à provoquer le rire, mais plutôt une rêverie poétique en même temps qu’une réflexion sur l’évolution de notre société. Cela m’ouvrit à l’idée que l’on pouvait mettre du sens dans des récits purement imaginaires, et qu’un humoriste pouvait s’autoriser à tenir la scène plusieurs minutes sans faire rire, à condition d’étonner.

A l’inverse de l’autre côté de la Manche, les Monthy Pythons osaient le non-sens le plus total. Dans ce genre-là, ils sont indépassables. Je les vénère !


Enfin, même s’il ne s’agit pas d’un humoriste mais d’un comique, je ne pouvais pas ne pas faire un clin d’œil à ce cher Louis de Funès.


Rencontres

Depuis que j’ai commencé à pratiquer ce métier j’ai eu la chance de rencontrer des artistes extraordinaires. Je pourrais en citer des dizaines, mais je vais me limiter à ceux qui me semblent vraiment au-dessus du lot.
Les deux spectacles que je place au-dessus de tout, du point de vue de l'écriture et de la construction sont Mais qui est don(c) Quichotte ? de Dau et Catella, et L’envol du pingouin de Jean-Jacques Vannier.
Ce ne sont pas des spectacles à sketchs, mais d'un seul tenant, c'est pourquoi il est difficile d'en rendre compte avec des extraits. Je n’ai d'ailleurs pas trouvé de vidéos pouvant donner une idée de ce qu’était L’envol du pingouin : le personnage de Vannier est très lent, totalement à l’opposé des comiques «efficaces» et il faut du temps pour rentrer dans son univers unique. Le spectacle est parfois repris, peut-être aurez-vous un jour la chance de le voir.
En revanche, ces deux vidéos pourront vous donner une idée du talent remarquable de Dau et Catella. Hélas ! Jean-Jacques Dau est mort d’une crise cardiaque en sortant de scène en 2017.
Tout est écrit
Le papillon et la fleur

Connaissez-vous le Professeur Rollin ? J’ai adoré ses raisonnements délirants. Il a influencé énormément d’autres humoristes.

Il y a un artiste qui m’a particulièrement impressionné par la qualité de son jeu, d’un naturel et d’une violence tout à fait inhabituels dans le domaine de l’humour : Luc Antoni. En tant qu’auteur il part de scènes de la vie quotidienne, mais il pousse la monstruosité de ses personnages à un tel point que l’on touche à la folie. C’est fascinant. Malheureusement, on trouve très peu de choses le concernant sur internet.

Et puis il y a Marc Gelas ! Un maitre de l’humour absurde. Je pourrais passer ma vie à regarder des sketchs de Marc Gelas. Je vous laisse vous régaler avec celui-ci.
Enfin, l’homme qui m’a le plus fait rire s’appelle Triboulet. Rire aux larmes. J’ai bien conscience qu’aucune vidéo ne pourra faire ressentir l’atmosphère surréaliste de ses spectacles. La première fois que je l’ai vu, je n’en revenais pas. Comment pouvait-on faire rire avec des choses aussi absurdes, grotesques ou déprimantes ? Cela transgressait toutes les règles de l'humour que je croyais établies
Sur la vidéo en lien, l’âge a donné une certaine rondeur à son visage et son spectacle perd en mystère. Mais lorsque je l’ai vu la première fois, il avait 35 ans, était maigre et ressemblait à une sorcière androgyne. La fixité de son regard était insoutenable. Il ressemblait à sa terrifiante poupée. Cette sorte d’Antonin Artaud de l’humour était aussi invraisemblable dans la vie qu’à la scène et ceux qui ont eu la chance de le connaître n’ont pas fini d’en narrer les aventures. Je suis tellement désolé que les vidéos ne parviennent pas à restituer ce qu’il était. Un personnage de légende.

Triboulet
La chouette de Triboulet


LITTERATURE

Le roman gothique
J’ai eu une passion pour la littérature gothique. C’est une forme de fantastique qui a ceci de particulier qu’elle est une branche du romantisme. Le romantisme exalte les sentiments de l’individu et les pousse à leur paroxysme. On pense bien sûr à des sentiments élevés tels que l’amour fou et l’héroïsme, mais il était naturel que certains romantiques se penchent aussi sur les plus noirs aspects de l’homme et les poussent eux-aussi à leur plus terribles extrémités. Avant Schopenhauer et bien avant Freud, ces auteurs sont aller visiter ce qu’il y a tapis au fond de nous. Ce qui caractérise une œuvre gothique c’est précisément la présence de mystèreS en sous-sols. Une œuvre fantastique n’est pas gothique s’il n’y a pas des cryptes obscures, des cimetières, des choses enfouies.
Les origines romantiques de ce mouvement donnent à ses ouvrages un style souvent très enlevé, porté par un souffle. Les Mystères d’Udolfe, par exemple, est au deux tiers le récit d’une bouleversante histoire d’amour. Donc, quand on est à la fois romantique comme je le suis, et amateur d’étrangeté, le plaisir est total.
J’ai lu les principales œuvres gothiques par ordre chronologiques pour bien saisir l’évolution des thèmes.
Historiquement, le tout premier roman gothique est Le Château d’Otrante d’Orace Walpole, paru en 1764. Cela a très mal vieilli et je ne vous conseille pas de le lire, sauf si vous aimez étudier l’évolution d’un mouvement. Auquel cas vous pourriez poursuivre avec Vathek, de Beckford (1782).
Mais pour du pur plaisir je vous conseille plutôt de commencer par les deux grands chefs-d ’œuvres du genre : les Mystères d’Udolphe, de Ann Radcliff (1794) et Le Moine, de Lewis (1796)
Le Manuscrit trouvé à Saragosse, de Potocki (1797) est considéré comme gothique. La proportion de fantastique y est pourtant assez modérée. Cet ouvrage est avant tout une curiosité. Jamais auparavant et jamais depuis l’on n’a poussé aussi loin le concept d’histoires gigognes : une histoire racontée à l’intérieur d’une histoire, racontée à l’intérieur d’une histoire, racontée à l’intérieur d’une histoire … C’est vertigineux. Mais on n’est pas sans cesse captivé comme à la lecture des deux précédents. A lire absolument si vous êtes vous-même auteur ou intéressé par les structures de romans. De ce point de vue, c’est un grand classique. Moins évident si vous cherchez juste des sensations.
Enfin en 1820, Melmoth l’homme errant, de Maturin, clos magnifiquement cette production en en faisant une sorte de synthèse : une sublime histoire d’amour, la présence d’un mal absolu, des histoires gigognes. C’est la dernière grande œuvre de la littérature gothique et une des trois majeures.
Deux ans auparavant, en 1818, Mary Shelley avait publié Frankenstein. Ce n’est pas une œuvre gothique - bien que fantastique et horrifique - car il n’y a pas les sous-sols, les labyrinthes, les cryptes. Mais on considère que c’est la première œuvre de science-fiction. C’est en tous cas une œuvre visionnaire, profonde, déchirante et captivante.
Si vous suivez toujours l’ordre chronologique, je vous conseillerais de lire ensuite Les Aventures d’Arthur Gordon Pym, d’Edgar Poe (1838), ne serait-ce que parce que Lovecraft (voir plus loin) en a écrit la suite dans Les Montagnes Hallucinées. Et ça en vaut la peine !

Postérité

Il est intéressant de noter qu’en 1847, alors que le mouvement gothique n’est plus, Emily Brontë publie Les Hauts de Hurlevent, tandis que sa sœur Charlotte Brontë publie Jane Eyre. Ce ne sont pas des romans fantastiques ; ce sont des études de mœurs réalistes. Pourtant l’influence gothique est très nette. L’atmosphère est si lourde et inquiétante qu’on se croirait par moments dans un roman d’Ann Radcliff. Je vous conseille de les lire.
Autre héritage de la littérature gothique : Les Chants de Maldoror, de Lautréamont, parus en 1869, dont le personnage, Maldoror, le mal absolu, est un ersatz de Melmoth poussé jusqu’au délire. Les surréalistes considéraient Lautréamont comme leur précurseur. Le surréalisme, qui a pour visée l’expression débridée de l’inconscient, notre part souterraine, serait donc un descendant du romantisme via le roman gothique ; le chainon manquant étant Les chants de Maldoror (théorie personnelle !).

Neo-gothique

Et puis vint le néo-gothique, porté notamment par la figure du vampire, lequel apportera une dimension horrifique et peu à peu le néo-gothique se dissoudra dans le roman d’horreur.
Le premier roman mettant en scène un vampire était contemporain du Frankenstein de Mary Shelley. C’était Le Vampire, de Polidori (1819). J’avoue ne l’avoir pas encore lu. J’ai un peu peur que cela ait mal vieilli ! Mais je le lirai un jour par curiosité. Il n’avait pas eu, à ma connaissance, de postérité, jusqu’à ce que Le Fanu publie en 1871 Carmilla. Le personnage principal en est un vampire lesbien qui séduit une jeune chatelaine innocente. Mêlant à l’horreur à un subtil érotisme, ce court roman écrit dans un style extrêmement vivant est d’une étonnante modernité.
Enfin, en 1897, Bram Stoker publie Dracula, l’un des livres les plus vendus de tous les temps. Quelle merveille ! J’envie les gens qui ne l’ont pas encore lu. Ne croyez pas que parce que vous en avez vu plusieurs adaptations cinématographique le roman ne vous apporterait rien de plus. C’est cette erreur qui m’a fait attendre si longtemps pour le lire. Le roman est incomparablement plus puissant que ses adaptations. Idem, d’ailleurs, en ce qui concerne Frankenstein.
Après ce sommet, que lire ? il ne vous reste plus qu’à vous plonger dans l’œuvre de Lovecraft, qui sévit au début du 20ème siècle. Il me semble que j’a tout lu de lui, mais je n’en suis pas sûr. J’ai du mal à en faire un commentaire. Ce que je peux dire, c’est que lire une nouvelle de Lovecraft c’est plutôt pas mal, mais un peu décevant par rapport à sa réputation. La deuxième donne la même impression, mais on a le plaisir d’y retrouver une saveur particulière. A la troisième on se dit qu’on en lirait bien une quatrième, juste pour calmer les nerfs que l’on a en pelote … Bref, le venin qu’il inocule à petites doses est totalement addictif. Au final, je veux bien aller jusqu’à dire que Lovecraft est un génie. Je n’emploie pas souvent ce terme assez galvaudé, mais dans son cas ça ne me semble pas exagéré.
Un de ses lointains et plus prestigieux descendants est Stephen King. Je n’ai lu de lui que Simetière, en une seule nuit (ca je ne pouvais pas refermer le livre). Il m’a fallu quinze jours pour m’en remettre (j’avoue que je suis très impressionnable). J’ai lu aussi Le singe, une nouvelle effrayante. J’admire mais j’ai peur de me plonger dans un autre de ses cauchemars.


Tolkien était contemporain de Lovecraft et son œuvre – principalement Le Seigneur des Anneaux - a une postérité encore plus grande. Mais on n’est plus dans le fantastique, on est dans le merveilleux. (Dans une œuvre fantastique le surnaturel survient dans un monde identique au notre, et les personnages ont les réactions que nous pourrions avoir en pareille circonstance ; dans le merveilleux, les personnages trouvent naturel de rencontrer des magiciens, des fées, des Elfes …). Le monde de Tolkien est plus enfantin et plus manichéen : le mal c’est les autres. Il ne vient pas de chez nous, de nos sous-sols, de nos cimetières, il vient d’ailleurs, des pays du sud.
L’univers de Warhammer, le jeu de rôle que je pratique passionnément, pourrait être décrit comme le monde de Tolkien repeint à la noirceur du gothique.

AUTRES DISTORSIONS

Nicolas Gogol est à l’origine d’un genre qu’on pourrait appeler l’absurde tragique. Dans un monde identique au notre, quelque chose d’anormal survient. Les personnages s’en étonnent, mais ils s’en étonnent moins que nous ne le ferions. De ce point de vue, nous serions donc à mi-chemin entre le fantastique et le merveilleux. Mais ce qui différencie l’absurde de ces deux genres, c’est que cette bizarrerie n’inquiète pas le lecteur. Au contraire elle provoque le rire par le sentiment du grotesque. Par exemple, dans la nouvelle Le Nez, un personnage s’aperçoit qu’il a perdu son nez. Il ne trouve pas cela normal, mais accepte très vite cet état de fait et se met à sa recherche. Je précise cependant absurde tragique, car du point de vue du personnage, la situation n’est pas drôle du tout. Il y a même généralement de la souffrance et si nous étions invités à faire preuve d’empathie, nous ne ririons plus du tout. D’ailleurs, dans Le Journal d’un fou, Gogol nous amène progressivement à passer de l’autre côté : le début du récit est hilarant, la fin est pathétique. Les héritiers de Gogol sont mes auteurs préférés : Kafka, Ionesco, Beckett, Gombrowicz.
Lewis Carroll a développé de son côté un absurde joyeux, qu’on peut qualifier tout simplement de non-sens. Alice ne s’étonne pas plus que ça des bizarreries qu’elle observe. De fait, elle est vraiment au pays des merveilles. Et il n’y a ni peur ni tragédie, seulement de la curiosité devant les paradoxes et distorsions de la logique.
Je crois pouvoir dire que Devos est un lointain descendant de Gogol, tandis que les Monty-Pythons descendraient de Lewis Carroll.


MUSIQUE

En musique également j’aime les univers forts, les distorsions. La référence ultime est la musique des Pink Floyd. Je n’ai jamais consommé de substances hallucinogènes, mais c’est par personnes interposées que j’aime contempler Lucy dans le ciel avec des diamants.
Vous pouvez découvrir ici mes 100 disques préférés.


PEINTURE

Vous me pardonnerez si dans cette rubrique je n’indique qu’un seul lien, vers le site de mon épouse Florence Thoirey-Fourcade et son monde insolite.
Mais vous ne serez pas surpris d’apprendre que j’aime particulièrement l’univers distordu de Dali.
Je conclurai d’ailleurs par un lien vers cette collaboration entre Dali et Disney, à laquelle a été ajoutée judicieusement une musique des Pink Floyd.